Nathalie
Roux ou la mise en abyme d’une humanité
Nathalie Roux est de ces artistes qui créent dans l’intimité de
leur atelier, en marge du vacarme du monde.
Sa peinture d’obédience figurative flirte sans
cesse avec une abstraction choisie, offrant au regardant une
vision originale, empreinte de symbolique et de force apprivoisée…
Les œuvres de Nathalie Roux sont construites, l’espace
subtilement agencé, la couleur superbement travaillée…
Entre matière et relief, elle architecture sa thématique,
révélant de par là même son métier
initial d’architecte d’intérieur décorateur…
Nous sommes en présence d’une artiste maîtrisant
parfaitement les règles qui régissent le traitement
des volumes, de l’espace…
Ainsi Nathalie sait tout ce que l’acte pictural possède
de diktats pour pouvoir s’en libérer et inventer
sur la toile vierge sa propre légende humaine…
Ses créations sont plurielles tant par les techniques,
supports et matériaux utilisés que par les histoires
qu’elles relatent…
Ici, une scène africaine haute en couleurs – il
suffirait de tendre l’oreille pour entendre s’en échapper
les palabres des personnages dessinés-, là un
trio de visages dressés sur une même silhouette
pour une illustration personnelle des « Dominants/Dominés » -
où l’on peut percevoir quelque chose de biblique
en la figure centrale à la barbe « grillagée » comme
la parole tue, un sentiment de peur mêlé d’une
attitude séductrice dans le regard féminin de
droite et un caractère sacralisé du propos par
le visage « masque » ou totem de gauche… A
chacun ensuite d’en traduire le ressenti, d’en
appréhender ou non le signifiant…
Nathalie Roux nous interpelle au cœur même de notre
quête d’humanité… C’est tout à la
fois bouleversant et beau, troublant et rassurant aussi… comme
si nous nous sentions moins seuls face à l’immensité de
la Vie et l’imminence de la mort…
La peinture de Nathalie Roux apporte des réponses à nos
interrogations, universelles ou non, elles semblent nous guider
sur ces chemins incertains qui peuplent l’inconscient…
L’œuvre nous happe littéralement et nous
entraîne en des paysages introspectifs…
Ces tableaux ont une âme, profondément ancrés
dans l’imaginaire de l’artiste, ils possèdent
néanmoins un accent réaliste qui transparaît
dans la représentation que le peintre a du monde moderne
et de l’humain…
L’être est ici un élément d’interprétation
de premier ordre, symboles, indices sont semés par l’artiste
dans l’œuvre pour apporter au spectateur une possible
compréhension d’ensemble… Selon les sujets
abordés, un message apparaît ou non… Nathalie
bâtit son œuvre avec un regard-miroir, comme si
réalité et imaginaire se confondaient pour une
mise en abyme…
Il y a un je ne sais quoi de céleste dans ces toiles,
une résonance spirituelle qui adoucit le propos engagé… car
Nathalie Roux ne peint pas pour silencer la vie mais bien pour
l’expliciter, la toile est pour elle un vecteur, une
voix offerte pour un dire poétique mais vrai !… Il
y a tout cela dans les œuvres de Nathalie et bien plus
encore pour qui sait s’abandonner à rêver
en filigrane du réel…
La peintre traite ses thématiques tantôt avec
rigueur et réflexion tantôt avec spontanéité,
selon qu’elle décide d’entrée d’un
sujet ou non, l’acte pictural diffère tant dans
son geste que dans son esthétisme… Elle se révèle
figurative lorsqu’elle illustre une pensée et
abstraite quand aucun thème ne s’impose à elle
et qu’elle laisse uniquement « parler » couleurs
et matières pour un langage sensitif…
Deux univers parallèles se côtoient dans une
même œuvre comme pour identifier la pluralité de
l’être et prononcer son incapacité à s’avouer
simplement… humain…
Nathalie dévoile cette part d’ombre qui nous
habite, cet autre versant de l’ego…
Peinture plus cérébrale qu’il n’est
paraît au premier regard, l’œuvre de l’artiste
nous apprend énormément sur nous-même,
c’est un peu comme si Nathalie Roux dans un état
de pure prescience accédait à un pan entier de
notre intimité et imageait tous les non-dits qui nous
font et nous défont au fil du temps…
Une fois de plus, l’artiste a su nous déprendre
de nos apparences pour nous réinventer dans la fulgurance
de l’œuvre…
Un mot, un seul : Magnifique.
Nathalie Lescop-Boeswillwald
Agent d’Art, Critique, Poète,
Directrice fondatrice des « Amis de Thalie »
Revue littéraire et picturale
Directrice du Moulin des Arts.