DU JARDIN DE PLAISANCE A LA RUE ARMAND BARBES



Au milieu du XIXème siècle, l’accroissement de l’industrie à Limoges, confirmant la nécessité du développement du réseau routier et de l’habitat, va provoquer l’extension de la ville vers le nord, zone d’implantation de nombreuses fabriques.


Le percement de l’avenue du Crucifix ( Ave Garibaldi ) en 1851, l’arrivée du chemin de fer en 1856, seront les points de départ de la « Conquête du Nord. »


Jusqu’en 1825, le quartier qui forme le Champ de Juillet était en nature de terres labourables et de prairies.

Il n’y avait aucune rue ou chemin tracé sur le terrain de la propriété Antignac, où est située l’ouverture de l’actuelle rue Armand Barbés.


Les choses restèrent dans cet état malgré la création du Champ de Juillet en 1831 et des diverses rues qui y aboutirent. La séance du conseil municipal du 26 février 1858, portant sur les travaux d’achèvement et d’embellissement de celui-ci, ne fait aucunement référence à une ouverture quelconque de la rue Armand Barbés.


Ce n’est que postérieurement à cette date que cette dernière fut ouverte en 1865, sous le nom de rue de Plaisance, les terrains provenant du démembrement de la propriété de Plaisance.


Le 25 juillet 1864, un traité entre la ville et la Société Immobilière du Crucifix engageait cette dernière à créer un quartier nouveau dans les terrains qui prirent le nom de la Société Immobilière, compris entre la route de Paris, la rue du Chinchauvaud, le Champ de Juillet, le Cours Gay-Lussac, l’avenue du Crucifix.

Engagement était pris par la Société Immobilière de faire céder gratuitement à la ville, les terrains appartenant à Mr Masvergnier pour l’assiette de la rue.


Un arrêté préfectoral en date du 14 octobre 1865 approuva le projet présenté. La rue de Plaisance y était classée comme rue de la ville, avec une largeur de 10 mètres et une pente de 0,04/m.


Il faudra pourtant plus de quarante ans et bien des vicissitudes pour que cette rue présente pratiquement l’aspect que nous lui connaissons.

Ceci peut expliquer sa faible urbanisation, de 1867 - date où apparut la première construction, celle des établissements Lacroix-Ruaud, dépôt et fabrication de kaolins -, à 1886, période où les problèmes d’assiette, d’élargissement et autres modifications de voirie semblent avoir disparu.

> Recensement de 1872 : 4 maisons, 9 ménages, 36 habitants

> Recensement de 1886 : 19 maisons, 50 ménages, 171 habitants. > Recensement de 1901 : 58 maisons, 391 habitants. (dernière maison n° 84)


Jusqu’en 1883, la rue Armand Barbès sera confrontée aux déblais de la rue de Châteauroux (ancienne rue Masvergnier).

Son prolongement à la Caserne des Chasseurs (caserne Marceau) et sa mise en viabilité n’interviendront qu’à la suite de nombreuses pétitions des habitants.

La lecture de ces dernières révèle certains aspects - que l’on peut traiter de « courtelinesque »-, des relations entre l’administration et les administrés.

C’est ainsi qu’un projet présenté en 1876, prévoit le nivellement de la rue de Plaisance, « propulsant » certaines entrées d’immeubles à la hauteur de 3,72 mètres au-dessus du niveau du sol, !!! ( de 0,98 mètres au niveau du cours Gay-Lussac, à 3,72 mètres au niveau de la rue de Châteauroux. )

De tels travaux auraient conduit irrémédiablement à la destruction de la majorité des bâtiments.


Les habitants de la rue, face à l’administration, reçurent un renfort important de l’autorité militaire, représentée par les différents chefs de corps de la caserne du Crucifix (Marceau).

Ces derniers estimaient à juste titre, que l’achèvement rapide de la dite rue ne pouvait être que bénéfique à l’armée, tant sur le plan du logement des officiers, que pour résoudre (en partie) le problème de l’engorgement de l’avenue Garibaldi.

« …N’y a-t-il pas une question de haute convenance pour la ville à ne pas laisser exister un pareil cloaque près de la principale allée de la plus grande promenade de Limoges. Les étrangers encore plus que les habitants ne peuvent le comprendre. Il n’y a pas dans la commune un chemin rural en pareil état…. !! »

« …L ‘avenue Garibaldi est d’une belle largeur et suffirait très bien au passage des troupes. Mais pendant toute la journée elle est encombrée par la circulation des charrettes de foin, de paille, de bois, par les camions et tombereaux de charbon de terre, les déblais et débris des fabriques et surtout par les très fréquentes rencontres des convois funèbres…Si la rue de Plaisance était achevée, le régiment y trouverait un accès toujours facile et suffisant »

( Extrait d’une pétition en date du 16 octobre 1882, appuyée par le colonel Bourrieux ).

Notons que depuis 1881, la rue de Plaisance portait le nom de rue Denis-Dussoubs.


Une convention intervenue en Juillet 1883 entre différents propriétaires et l’administration municipale permit l’achèvement de la rue jusqu’à la caserne du Crucifix.

Toutefois la viabilité laissait toujours à désirer :

« …à la moindre pluie, il est impossible aux piétons aussi bien qu’aux voitures de la parcourir ». ( conseil municipal du 22 janvier 1887 ).


Une somme de 7200 francs est allouée pour l’exécution des travaux de mise en viabilité de la portion comprise entre les rues de Châteauroux et Théodore Bac.


Les années 1890 verront apparaître rue Armand Barbès des constructions élaborées que nous avons le plaisir d’admirer aujourd’hui.


Le prolongement de la voie à la route de Paris fut aussi envisagé maintes fois.

A partir de 1893, la majeure partie des problèmes ayant disparue ( en particulier la minorité de certains propriétaires de terrains ), le projet est à nouveau étudié :

« Le percement de cette rue dégagera, en l’aérant, le groupe scolaire de la route de Paris. En outre, cela procurera un travail immédiat aux ouvriers atteints par le chômage. » ( conseil municipal du 4 octobre 1893 ).

Bien qu’ajourné, le projet sera mis en application quelque temps après, car l’immeuble sis au n°74 est daté de 1895.


Dès lors la rue Armand Barbès connut un essor sans cesse croissant, ainsi qu’une modification sociologique de sa population.

En effet, si en 1896 nous y trouvons une forte proportion de travailleurs manuels, le recensement de 1906 nous révèle une présence que nous qualifierons de « bourgeoise et intellectuelle » :

- 16 officiers, 5 professeurs ou instituteurs, un vicaire de Saint Pierre, des avocats, ingénieurs, artiste peintre, fabricant de porcelaine…

A l’opposé, la rue Pétiniaud-Dubos, ancienne rue du Clos La Chatte, offre une occupation ouvrière majoritaire :

- une vingtaine de porcelainiers, une douzaine de cordonniers -ouvriers en chaussures -, 21 journaliers, 19 employés au chemin de fer du Paris-Orléans.


La rue Théodore Bac apparaît seulement au recensement de 1881 pour 7 maisons, et 93 habitants. Son développement insufflera peu à peu au Quartier de la Société Immobilière un apport vital nécessaire à sa croissance.



NOTES DIVERSES :


Armand Barbés 1809-1870, avait été condamné à mort pour avoir conspiré contre le gouvernement de Louis-Philippe. Sa peine fut commuée en détention perpétuelle. Libéré par la Révolution de février 1848, il fut élu représentant du peuple. Arrêté après le 15 mai 1848, il sera libéré en 1854 et s’exilera en Hollande jusqu’à sa mort.


Plusieurs citoyens avaient demandé en Avril 1837 l’ouverture d’une voie reliant le boulevard du Collège ( actuellement Georges Perrin ) au Crucifix d’Aigueperse, qui se trouvait alors en bordure de la route de Paris, vis à vis naguère de la chapelle du même nom, bâtie en 1573 sur la place dite du Crucifix, puis Rond-point du Crucifix, puis Rond-point Carnot.

Cette voie prit naturellement le nom d’Avenue du Crucifix, puis d’Avenue Garibaldi postérieurement à 1882. ( voir les articles précédents relatifs à sa création.)


Population de Limoges :

> en 1841 : 29780 habitants

> en 1861 : 51050 habitants

> en 1881 : 63765 habitants

> en 1901 : 84121 habitants


En 1840, onze usines de porcelaine fonctionnent.

Théodore Haviland s’installe en 1852, avenue du Crucifix,

Début 20ème siècle, la porcelaine compte 10.000 ouvriers.

La première manufacture de cordonnerie apparaît en 1831. En 1914, 17 usines emploient 3000 ouvriers.


Concernant la rue Armand Barbès :

1865 : percement de la rue de Plaisance.

1867 : date de la première construction.

1881 : la rue devient rue Denis-Dussoubs.

1882 : au mois de Juin, naissance de la rue Armand Barbès, le nom de Denis-Dussoubs ayant été attribué à la Place Dauphine.

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