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Du chemin du Crucifix à l’avenue Garibaldi
Troisième et dernière partie
Vers la « Belle Epoque »
1852 - 1900
Les tempêtes sociales jugulées par le pouvoir naissant, laissent le champ libre aux gigantesques travaux qui marqueront le Second Empire. L ‘avenue du Crucifix est à nouveau « sur rail. La percée effectuée depuis bientôt sept ans ( hiver 1844 -1845 ) demande une mise en forme concrétisée en premier lieu par l’établissement de l’assiette de l’avenue…Rude tâche ! En effet, en août 1852 ( un consensus immédiat relevant de l’utopie ), une bataille s’engage entre les partisans d’une pente uniforme et ceux qui souhaitent une double pente. Les premiers s’appuient en grande partie sur l’aspect esthétique, le regard n’interceptant aucun obstacle de la place Tourny à la route de Paris, se référant aux délibérations de 1837 qui à l’époque envisageaient le projet. Cependant, ce bel aspect recherché, nécessitait des déblais de 5 mètres, presque 6,50mètres au croisement de la rue des Fourmis (Aigueperse.) Le raccordement de cette rue devenait impossible et note avenue prenait l’aspect d’une tranchée, réduisant à néant le construction de tout ensemble immobilier. La seconde solution apparaissait plus raisonnable, proposant une double pente subdivisée en six sections. C’est elle qui sera adoptée, ce système ménageant les accès des avenues principales et permettant aux propriétaires riverains d’envisager des constructions sans trop de frais de terrassement. Il est décidé que la première partie - ponceau du Crucifix/avenue de Juillet ( Place Carnot - Avenue de la Libération ) aura une largeur de 10 mètres entre bordures, et des trottoirs de 4.50 mètres, la voie roulière étant empierrée sur 5 mètres et contenue entre deux caniveaux pavés en blocage. Les trottoirs maintenus par un fort pavé d’échantillon seront tuffés et plantés pour servir de promenade. La seconde partie - avenue de Juillet/porte Tourny ( Avenue de la Libération - carrefour Tourny ), rentrant dans la catégorie des voies urbaines, aura 9 mètres de largeur et 3 mètres seulement de trottoirs de chaque côté. Sur ces 9 mètres, 8 seront empierrés et retenus par des caniveaux de 0,50 mètres. Les bordures seront également en pavés d’échantillon, jusqu’au moment où le nombre des constructions (1) permettra à l’administration d’imposer les riverains pour la moitié de la valeur des bordures en pierre de taille. Il est décidé de transporter une partie des déblais au Pont-Neuf, afin d’élever les quais. La ville offre d’achever l’avenue à ses frais, la première partie présentant une chaussée macadamisée de 6 mètres, la seconde une chaussée de même nature de 9 mètres. Elle livrera enfin l’avenue à l’état pour la rectification des R.N 20 et 21, après l’exécution des dits travaux. En échange, les Ponts et Chaussées s’engagent entre autres, d’acquitter les frais de raccordement des rues adjacentes, et surtout de classer comme partie des R.N indiquées, les boulevards du Collège, de la Promenade, de Saint - Gérald, jusqu’à leur jonction avec la route de Barèges, et à exécuter le pavage de ceux-ci.
Malheureusement, à la séance du 17 février 1853, on constate amèrement que les décisions prises n’ont pas été appliquées. Doléances et récriminations des parties en présence ne porteront que sur des modifications techniques ne bouleversant pas du tout l’esprit du projet. Simplement l’Ingénieur en chef, devant l’insuffisance des crédits, estimera que les travaux ne pourront être exécutés qu’à partir de 1854. Le tableau qu’il trace du chantier en cours est des moins réjouissants : «…pouvons nous laisser les choses dans leur état actuel pendant une année en cours ? Le pavé des boulevards est presque impraticable ; cependant avec quelques réparations on pourra patienter jusqu’en 1854, mais pour l’avenue du Crucifix, et notamment pou la partie allant du carrefour Tourny à l’avenue de Juillet, il est indispensable de prendre un parti immédiat. La chaussée et les trottoirs sont tellement effondrés que la circulation des piétons et des voitures y est devenue tout a fait impossible… » Sans préjuger des difficultés qui ont divisé la commune et les Ponts et Chaussées, une somme de 4000 francs sur le crédit voté est alloué à la partie de l’avenue en question.
Les abords de l’avenue connaissent aussi des projets relatifs à des constructions nouvelles. A la séance du 25 février 1853, on se propose d’édifier un corps de garde au carrefour Tourny, non loin de l’emplacement de la fontaine des Fantaisies. Ce bâtiment subsistera en ce lieu jusqu'à la construction de l’Hôtel de Division, dont le projet sera présenté en Novembre 1857. Les conseillers constatent le 17 janvier 1854 que les travaux programmés ont bien été exécutés, mais que la réparation est incomplète. Qu’on en juge : « ...la seconde partie, comprise entre l’avenue de Juillet et la route de Paris est dans un état encore plus impraticable que celui de la précédente ; le sol ayant été fouillé pour des extractions de tuf, il y existe des excavations qui pendant les pluies deviennent des bourbiers très dangereux... ». Le rapporteur conclut : « ...il est inutile d’ajouter que les inégalités de terrain y rendent la circulation des voitures tout à fait impossible... » Devant un tel constat, ne nous étonnons pas des multiples réclamations adressées par les propriétaires riverains à l’administration municipale, car privés de moyens d’accès, ils se trouvaient dans l’impossibilité de bâtir. Afin de leur donner satisfaction il est adopté de continuer les travaux sans le concours de l’état, et pour cela une somme de 14.000 francs, restée disponible sur le crédit primitif leur est affectée. Cette proposition en fait obéissait à deux mobiles qui se chevauchaient : créer un chantier sur un point rapproché de la ville, à la portée des chômeurs, bien que le rapporteur se hâte de préciser qu’il ne s’agirait pas d’ateliers de charité, et ensuite , que dés l’achèvement des travaux, les chantiers des particuliers accueilleraient les sans travail.
Entre temps, la double pente avait reçu un début d’exécution. En effet , à l’extrémité de l’avenue joignant la route de Paris, plusieurs alignements étaient donnés et un certain nombre de maisons s’élevèrent sur les niveaux approuvés, notamment la fabrique construite par M.Haviland (2). Mais certains partisans de la pente unique ne désarmaient pas. Le 17 mai 1854, deux propriétaires riverains attaquaient la commune : madame Ruffin, signataire de la proposition du 2 janvier 1837, voulant faire déclarer nulle sa cession de terrain à titre gratuit en était une. Pourtant les diverses péripéties de la procédure n’entravent pas les travaux qui ont acquis leur vitesse de croisière. Pour la répartition entre les citoyens des frais d’entretien du macadam, les conseillers rangent les voies en trois classes , le 21 octobre 1854. L’avenue du Crucifix appartient au deuxième groupe, soit une charge de 20 centimes par mètre carré et par an, cette contribution étant recouvrée tous les cinq ans. La largeur des trottoirs passe à 3 mètres en avril 1855, les cours Vergniaud et Gay-Lussac approuvés.
Certains romans noirs du XIX° siècle nous restituent le cheminement très peureux des habitants dans les ruelles obscures de nos cités. Notre bonne ville disposait de l’éclairage au gaz depuis 1843. L’avenue du Crucifix apprécia la bienfaisante lumière en 1856, grâce à l’apport de...4 becs de gaz, recensement d’avril 1856. Pour un temps abandonnons notre sujet principal pour aborder celui de l’éclairage, car l’avenue sera une des voies les mieux loties en ce domaine : 8 becs en 1858 sur un total de 236 ; 1859 verra curieusement 4 becs de gaz et 2 becs à huile, chute peut-être liée aux travaux en cours ; 1860 : 11 becs sur 370 ; 1865 : 9 becs, mais les voies transversales nouvellement créées et éclairées peuvent expliquer ce chiffre à la baisse. En 1863, cette avenue sera la mieux dotée, avant d’être dépassée par l’avenue de la Gare avec ses 12 becs. Pourtant tout ne devait pas être « bien clair » quant à la fourniture du gaz, car en décembre 1864 de « vives réclamations se sont élevées à propos de la mauvaise qualité du gaz livré par la Compagnie. La teinte rougeâtre de la lumière, les émanations sulfureuses et carboniques qu’il dégage en grande quantité indiquent que l’épuration est loin d’être parfaite. » (3) Si l’éclairage au gaz apportait une certaine qualité de vie aux riverains, le projet d’amélioration de la fontaine Saint-Pierre ( dont les bassins étaient réunis dans le pré Lamarche, entre les faubourgs Montmailler et de Paris ), amènera un « confort » supplémentaire qu’apprécièrent vraisemblablement les ménagères, par suite de l’installation de deux bornes-fontaines en janvier 1865 : l’une, un peu au-dessous de la rue Aigueperse, l’autre au droit du cours Bugeaud . Le même mois, le 18, était approuvé le premier traité entre la municipalité et la Société Immobilière du Crucifix. La saga des quartiers Marceau-Carnot commençait ; elle allait démonter s’il en était besoin l’importance de l’avenue…et bientôt ses limites dues à la circulation qui déjà posait bien des problèmes (4).
Les années s’écoulèrent sans que les soubresauts et cataclysmes de l’Histoire, Commune, guerre de 1870, n’influent de façon notable sur l’évolution de la voie. Le 4 juillet 1879, un projet de déviation de la R.N. 147, vers l’avenue du Crucifix, reçoit l’adhésion des habitants qui pétitionnent à tout va, voyant dans celui-ci un moyen de mise en valeur de la voirie, car « …il reste à établir des trottoirs et des aqueducs, l’avenue étant dans de mauvaises conditions de pente… ». De nombreuses réclamations font apparaître , en effet que la portion proche de la route de Paris, bien trop plate voit les eaux pluviales envahir les sous-sols des immeubles. L’administration estime pour sa part, que l’avenue du Crucifix est dans une situation des plus satisfaisantes par rapport à d’autres quartiers, notamment ceux de la Cité ; les habitants de l’avenue devront écoper l’eau accumulée dans leurs caves pendant encore plusieurs années.
L’année 1882, voit le décès du grand patriote italien Guiseppe Garibaldi. Le conseil municipal, lors de sa séance du 8 juin décide de donner son nom à l’avenue du Crucifix. Une adresse est envoyée à la famille pour lui notifier la délibération du conseil. Ce changement de nom allait provoquer une nouvelle pétition, datée du 23, certains propriétaires et habitants craignant qu’il entraîne une entrave au commerce : il est inutile de préciser le sort d’une telle demande.
Pendant ce temps, l’environnement immédiat de l’avenue connaît une urbanisation accélérée. Déjà, vers 1857, l’aménagement de la propriété de Brette avait urbanisé le « côté Ville » ( Feuillants, Isly, de Brette ) ; le rond-point Garibaldi ( Carnot ) devient le distributeur d’un réseau routier important : l’avenue de Poitiers ( Emile Labussière ) est ouverte en 1880, la rue Théodore Bac en 1881, et le 7 mai 1887 est adopté le projet de création e la rue Adrien Tarrade. L’étoile est formée, son rayonnement ne se démentira pas.
Que n’a t-on pas dit et écrit sur l’hygiène à Limoges… Pour la petite histoire nous évoquerons les péripéties qui entourèrent la mise en place dans l’avenue d’un édicule utilitaire. Sa nécessité reconnue ; la dépense fut jugée trop onéreuse, 1960 francs, et l’on envisagea alors son financement par des apports publicitaires, mais sans succès. Bien que l’hygiène la plus élémentaire l’appelât de tous ses vœux l’ambiance « clochemerlesque » qui entourait le projet fit que cet urinoir bien commode pour soulager les exigences de la nature sera toujours à l’état de projet en 1891. (5)
Nous avons vu que l’écoulement des eaux de ruissellement posait de sérieux problèmes que seule la construction d’égouts pouvait résoudre. Les crédits sont votés le 7 juillet 1890, ils s’élèvent à 65.000 francs, mais c’est seulement en septembre 1896 que l’on parlera d’un collecteur ! Celui-ci aura la forme d’un œuf de 1,60 mètres sous clef, 1,066 de large et 951 mètres de long. Le cahier des charges sera approuvé le 12 juin 1899 ; l’égout partira du Rond-point Carnot, longera l’avenue et se déversera dans celui des Bénédictins, place Tourny Il sera construit en moellons, sable et chaux de Saint-Astier.
L’aube du 20e siècle se lève sur l’avenue Garibaldi, la faisant bénéficier des progrès techniques : en 1897, l’éclairage électrique a fait son apparition diffusant dans nos rues une luminosité de meilleure qualité et « inodore », et selon le rapporteur de 1894 « ...la lumière toute la nuit, ce qui ne serait pas à dédaigner, surtout les nuits où la lune ne brille que sur le calendrier... » (6)
La même année, les tramways électriques commencent à sillonner la ville au grand plaisir de la population. Les deux premières lignes sont inaugurées le 7 juin 1897 : l’une d’elles emprunte l’avenue Garibaldi, la classant définitivement au rang de voie urbaine de grande importance.
Des immeubles de caractère s’élèveront en cette fin de siècle et au début du suivant, tout au long de l’avenue et dans les rues transversales. (7)
Pendant quelques 80 ans les ouvriers porcelainiers la firent résonner de leur pas, avant de céder la place aux autres artistes que furent les ouvriers en chaussures. Désormais le Centre St Martial recouvre 140 ans de prestige limougeaud, et l’avenue Garibaldi attaque le 21e siècle en se dirigeant vers d’autres défis.
Notes :
Quelques recensements :
1851 : 10 maisons - 15 ménages - 63 habitants. ( partie Tourny à l’avenue de Juillet ) 1861 : 49 maisons - 160 ménages - 650 habitants. 1876 : 60 maisons - 219 ménages - 832 habitants. 1886 : 80 maisons - 256 ménages - 984 habitants.
Anecdote : par lettre du 17 avril 1854, le sieur JB. Chabrol, partisan de la pente unique, signale des déblais consécutifs à la construction de la fabrique Haviland menacent d’enterrer la porte de sa maison, rendant tout accès impossible.
Rapport de 1880 : Limoges est une des villes où le mètre cube de gaz est le plus cher, 40 centimes. Par comparaison : Paris : 30c ; Bordeaux : 25c : Toulouse : 26c ; Berlin : 18c ; Londres : 15c.
Nous évoquerons ces problèmes dans des sujets à venir…
Rapport octobre 1873 : « L’apparition du choléra doit nous faire réfléchir sur la situation de la ville en matière d’hygiène. Les égouts sont un foyer d’infection et répandent dans les rues et les maisons des émanations malsaines. Les dépôts de fumiers et immondices, l’entretien de certains animaux domestiques, sont aussi une source d’insalubrité. Les fosses d’aisance sont rares à Limoges, 1500 maisons n’en ont pas ou se servent des égouts. Plusieurs établissements importants sont dans ce cas : préfecture, caserne de cavalerie, entre autres. »
Mars 1894 : Les voies publiques sont éclaires au moyen de lanternes à gaz et à pétrole :
Gaz : 1202 - Pétrole : 329. Il y a trois catégories d’éclairage :
L’éclairage variable qui comprend 940 becs brûlant jusqu’à 23 heures ; cet éclairage est modifié ou supprimé suivant les phases de la lune. L’éclairage permanent avec 338 becs brûlant toute l’année jusqu’au matin. L’éclairage mixte, avec 253 becs brûlant toute l’année jusqu’à 23h30.
Quelques exemples :
L’actuelle maisons des Mutuelles, ex maison Haviland. Le n° 81, Pommier, architecte, 1904. L’INSEE, Ménissier et Rocher, architectes, 1902. Angle de la rue Courteline, Tuilier, architecte, 1899. 18 rue des Feuillants, Couturier, architecte, 1913. 35 cours Bugeaud, Despaux, architecte, 1890. D’autres immeubles, qu’il serait trop long d ‘énumérer offrent au regard, des façades qui méritent attention. Flâner dans le quartier le « nez en l’air »… Nul doute que vous ne fassiez des découvertes architecturales intéressantes.
Sources principales :
Décisions du conseil municipal 1837- 1900 . Archives municipales, série O I (216)
Date de création : 01/05/2007 - 02:51
Dernière modification : 18/09/2007 - 19:20
Catégorie : Articles
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