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Du cimetière des Pénitents Gris au Champ de foire
Suite et fin
Pourquoi ne pas ensevelir « ces tristes restes de l’humanité » dans les caveaux des églises de la ville ? Le 4 février 1831, un courrier sollicite l’évêque de Limoges, Monseigneur de Tournefort afin qu’il donne son assentiment, et surtout demande leur avis aux administrateurs des fabriques des paroisses de la ville. (1) Les réponses de ces derniers sont sans ambiguïté : la négative est de rigueur. Nous citerons des extraits des lettres émanant de diverses paroisses : Le conseil de Saint-Michel-des-Lions justifie son refus par le fait que « l’église St Michel n’a plus de caveaux , ceux qui existaient et qui étaient peu spacieux , ont été totalement comblés de déblais lors de la chute du clocher et de la voûte de l’église » . (2) Les membres du conseil de fabrique de Sainte-Marie répondent que « la nouvelle église de Sainte-Marie n’ayant pas l’avantage peu précieux de nos jours de posséder de caveaux , les soussignés croient devoir s’abstenir d’émettre leur avis sur l’opportunité de la mesure proposée relativement aux autres églises de la ville »… ce qui ne les empêchent pas de déclarer à la ligne suivante que s’ils avaient un caveau , ils désapprouveraient le projet. La paroisse de Saint-Pierre-du-Queyroix indique que « à l’époque révolutionnaire, notre église fut employée aux manipulations de salpêtre. Le pavé entier fut enlevé. Au retour du calme, le zèle des religieux paroissiens s’occupa péniblement et à grands frais de la restauration de l’église. Les excavations furent comblées, le terrain uni, et l’on pava dans le cours de plusieurs années, en raison des fonds dont on pu disposer graduellement. Des terres furent versées dans le petit nombre de caveaux qui appartenaient aux familles et nulle cavité n’exista plus ». Le 7 février 1831, le conseil de fabrique de l’église cathédrale étant convoquée par Monseigneur de Tournefort, expose : « 1° que lorsqu’on a fait réparer plusieurs parties de pavés de l’église, quelques caveaux pratiqués dans certaines chapelles ont été comblés de terre afin de donner plus de solidité à ces mêmes pavés ». « 2° :Que, récemment, il en a été découvert un, vide, sous l’emplacement des chaises, c’est à dire près de la porte qui sert de communication avec la tour ; il a environ de 5 à 6 pieds au carré » . (3) « 3° : Qu’il en existe un autre assez grand, sous l’autel principal, où a été inhumé l’ancien évêque , Monseigneur Dubourg , toutefois, il y entrerait une faible quantité d’ossements et il serait peut être imprudent de le combler parce qu’il semble avoir été ménagé pour visiter la voûte qui supporte l’autel et la partie du chœur qui est avant, et facilite le moyen d’y faire les réparations nécessaires. » « Le conseil pense que l’administration municipale, si elle ordonnait le déblayement des caveaux partiels, dépenserait plus que pour faire transporter les ossements à Louyat , et qu’elle ne saurait sans préjudice pour l’église faire encombrer le caveau principal. » Donc, par un courrier en date du 17 février 1831, Monseigneur de Tournefort présente ses regrets au maire François Alluaud : « …Je n’aurais eu aucune difficulté de donner mon consentement à cette mesure qui aurait placé d’une manière bien convenable les restes respectables des morts. Mais vous voyez par les réponses des administrateurs des fabriques qu’il n’y a pas de caveaux propres à les recevoir. Je suis fâché que votre vœu et celui du conseil municipal ne puissent être remplis. » L’errance de ces pauvres restes va durer encore bien des années . La Gazette du Centre en Avril 1840 rapporte : « Un spectacle révoltant s’offrait à tous les regards, jeudi dernier , sur notre champ de foire , qui comme on le sait était un ancien cimetière ; les ouvriers , occupés à compléter le déblaiement de cette place , avaient entassé dans un lieu fort en évidence une grande quantité de crânes et d’ossements humains qu’ils avaient découverts les jours précédents dans les fouilles ; les passants et les bestiaux pouvaient à chaque instant fouler aux pieds ces débris de nos aïeux ; n’était-il pas du devoir de la police de les faire enlever dès la veille de la foire ? » En fait le caveau de Louyat restera toujours un vœu pieux… L’Almanach Limousin de 1861 apporte semble-t-il la réponse définitive en révélant que les ossements furent enfouis dans un caveau à quinze mètres de l’angle nord de la place d’Orsay. Revenons maintenant aux travaux…
Enfin , l’adoption d’un plan d’alignement a lieu à partir de 1831 , et se déroulera jusqu’en 1838 , générant des négociations avec les propriétaires riverains des avenues du nouveau champ de foire. Nous vous en ferons grâce … Fin 1831, la rue de l’Amphithéâtre est ouverte , malgré la protestation des habitants du faubourg des Arènes (rue des Arènes actuelle). Cette percée et l’aménagement du champ de foire , permettra en 1839, à Monsieur Audoin , rapporteur du projet de la création de l’avenue du Crucifix (Garibaldi), une envolée lyrique que nous voulons vous faire partager : « …Rappelez vos souvenirs, ils vous diront ce que valaient les propriétés bâties dans ce quartier , lorsque sans issue et dominé par un contre-terrain très élevé, il n’offrait qu’un aspect triste et contristé par le souvenir de mort et par les débris de sépultures. En déblayant ce cimetière, en ouvrant la rue de l’Amphithéâtre et celle qui aboutit au boulevard vous avez fait, vous faite encore des sacrifices, mais vous avez en quelque sorte réuni ce quartier au séjour des vivants ! » La rue de la Mauvendière, quant à elle, reçut son alignement le 21 novembre 1838 et sera soumise à de nombreux travaux d’élargissement en 1851 et 1861. Le 6 Février 1843, est acquis l ‘emplacement de la future prison départementale, 3500 m2 de terrain pour le prix de 14000 francs. La construction connaîtra quelques anicroches financières , en particulier en 1848 lorsque la ville envoie à Paris une commission chargée de réclamer des secours au gouvernement. Le 14 août 1852, un vœu relatif à son achèvement est émis en séance. Fin 1854 , l’ex propriétaire du sol tente d’obtenir un supplément de prix pour le terrain formant l’assiette de la prison. Tout rentrera dans l’ordre début 1856. La rue du Petit-Tour, œuvre d’un particulier en 1847 , fut classée en décembre 1864. Notre actuelle rue Bernard Palissy, avait connu la même fortune. Œuvre de particulier , établie sur les terrains Martin du Puytisson, sa demande de classement sera déposée en conseil municipal le 25 novembre 1853 , mais ne sera effective qu’en 1863. La même séance voit aussi la décision d’agrandissement du champ de foire, car le foirail tel qu’il existe ne peut recevoir que les bovins, les porcs et les chèvres colonisant la place d’Aine et les moutons le haut du boulevard Sainte Catherine (Gambetta) , gênant considérablement la circulation.. Ce projet avait déjà été étudié en commission en novembre 1847. L’achat en 1858 de 15000 m2 de terres de culture permet ces travaux , ainsi que l’ouverture de nouvelles rues indispensable à une bonne desserte du site. De ce fait , en décembre 1865 , est prise la décision du percement d’une voie reliant le village de Surin. L’assiette de la rue Saint Surin sera établie en 1869. L’élargissement d’une voie en 1880, crée la rue de la Reynie. Ces deux rues avaient connu à leur point de rencontre, un projet avorté : la construction d’une prison militaire dans les années 1870. En 1889, la fontaine d’Aigoulène qui depuis l’incendie du 15 août 1864 avait connu bien des vicissitudes, en vivra une dernière par le transport d’une de ses vasques au champ de foire afin d’abreuver le bétail. Grandeur et décadence… Un siècle plus tard , elle retrouvera de sa noblesse en intégrant la place Saint-Michel, tout près de son lieu de naissance.
Et le musée céramique Adrien Dubouché ? Lors de la séance du conseil municipal du 29 novembre 1852, un projet avait été présenté. Le premier Musée céramique verra le jour en 1864 dans les locaux de l’ancien asile des aliénés lorsque celui-ci sera transféré à Naugeat. Cependant , le thème même du musée demandait une architecture en rapport. La fin du 19ème siècle verra le couronnement de cette belle entreprise , sous la direction de l’architecte Mayeux. Le musée connaîtra aussi la misère humaine lorsque pendant la première guerre mondiale il servira d’hôpital militaire.
La communication avec les boulevards et places environnantes ne demandaient qu’à s’améliorer Des voies existantes furent agrandies tel le faubourg Saint Antoine en 1907 , lien avec la place Denis Dussoubs. La rue Louvrier Lajolais était née.
Limoges brûlait bien… Pardonnez-moi ce trait humour au « second degré », qui cependant reflète une réalité que les Limougeauds le 6 septembre 1790 et le 15 août 1864, entre autres, vécurent dans le drame, lors d’incendies qui ravagèrent pour l’un le quartier des Pousses et l’autre le quartier dit des Arènes. Les soldats du feu méritaient des locaux dignes de leur dur labeur. Le 22 mars 1907, le conseil municipal affecte la somme de 265012 francs à la construction d’une caserne de pompiers sur un terrain de 3000m2, rue de la Mauvendière. La première pierre fut posée le 27 mars 1908. En avril 1910 , la construction de la caserne effectuée sous la direction de Charles Planckaert, adjoint aux travaux publics et Mr Marsaudon architecte , est achevée.
De nombreux immeubles de caractères s’élèveront fin 19ème , début 20ème siècle, sous les signatures de Planckaert , Treich , Pecaud , avenue St Surin, Treich et Bouchemousse rue Bernard Palissy , de Gay-Bellile, et Laforgue, rue Broussaud. Cette voie qui avait été ouverte par des particuliers sera classée en 1910. Planckaert et Gay-Bellile signeront aussi certains édifices bordant la rue Louvrier Lajolais.
Evoquons, évidemment, les évènements d’Avril 1905 qui virent les ouvriers porcelainiers faire résonner de leur colère le quartier du champ de foire. La Mauvendière, la Reynie virent s’élever des barricades. Le 17 avril la porte de la prison fut défoncée par les manifestants qui exigeaient la libération des leurs emprisonnés. L’intervention de la troupe démantèlera les barricades, mais le jardin d’Orsay verra le sang couler, quand, après le feu des militaires, on relèvera des blessés et un mort, le jeune porcelainier Camille Vardelle. Les livres et documents relatant ces moments tragiques sont suffisamment nombreux en cette année du centenaire pour que nous n’allions plus avant dans leur relation.
Un événement sinistre viendra souiller encore le sol du quartier : le 3 mars 1937, au petit matin devant un foule avide de sensations morbides, la tête de Henri Dardillac, auteur d’un double meurtre en 1935 tombe sous le couperet de la guillotine placée devant la prison. Ce sera la dernière exécution publique à Limoges.
La guerre est là…
Le 20 juin 1941 , 30000 jeunes sont rassemblés au champ de foire, sous un soleil brûlant, afin d’acclamer le maréchal Pétain, qui depuis la veille sillonne la Haute-Vienne... Il faut faire « passer » la poignée de main de Montoire. Bientôt, les murs de la prison s’imprégneront de la douleur des patriotes martyrisés en son sein. Heureusement, fin 1944 , le champ de foire, accueillera , la grande parade des maquisards libérateurs de notre ville devant l’envoyé du Général de Gaulle.
Nous allons nous quitter… Les foires animeront le quartier jusqu’en 1970 ; mais, « progrès oblige », les bestiaux laisseront la place aux chevaux-vapeurs , et à l’emplacement du cimetière des Pénitents Gris, bus et trolleys accomplissent leur ronde.
Jean-Marc LAFAYE NOTES 1) Groupe de clercs ou de laïcs qui veillent à l’administration des biens d’une église. 2) Vraisemblablement le 10 Novembre 1810 lorsque la foudre frappa le clocher. 3) Un pied = 33cm
SOURCES PRINCIPALES :
Décisions du conseil Municipal de la ville de Limoges. Divers documents des séries O 1 (216) - M II (201) Archives municipales. Série C 61 Archives départementales. Bulletins de liaison de Renaissance du Vieux Limoges. Naissance des pompiers de Limoges de Jean-Louis Devoyon. Divers n° du Courrier du Centre (en dépôt à la BFM).
Date de création : 01/05/2007 - 03:15
Dernière modification : 18/09/2007 - 19:21
Catégorie : Articles
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