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Le grand incendie du 15 août 1864 au travers de la presse de l’époque (1)
Du Château d’eau antique au parking souterrain, le quartier de la Motte se révèle un pourvoyeur infatigable de l’histoire de notre ville. Terre de commandement avec la motte vicomtale, il devient de ce fait un lieu d’échanges commerciaux qui ne se démentira jamais, ainsi que le témoin et la victime de bien des événements, heurts et malheurs que connut notre cité. L’incendie du 15 août 1864 qui le ravagea en grande partie fut son dernier grand fléau. Nous vous proposons de vivre cette catastrophe « en direct », grâce aux articles du Courrier du Centre portant sur la période du 14 août 1864, annonce de la fête de l’Empereur, au 17 septembre, qui voit la présentation de la société pour la reconstruction du quartier. Des commentaires, fruits de diverses recherches, vous seront également présentés afin d’éclairer certains points du dossier.
COURRIER DU CENTRE du 14 août 1864
Mairie de Limoges
« Le Maire de la ville de la Limoges, après s’être concerté avec monsieur le Général commandant la Division, M. le premier Président de la Cour impériale et M. le Préfet du département sur les dispositions à prendre pour la célébration de la fête de l’Empereur. Arrête le programme qui suit : Le lundi 15 août, au lever du soleil, la mise à la volée des cloches de toutes les églises annoncera la fête. A 8 heures et demie du matin, M. le Général commandant la division passera au Champ-de-Juillet, la revue des troupes de la garnison. A 11 heures, les autorités civiles, les fonctionnaires publics, les membres de la Légion d’Honneur et les médaillés de Sainte-Hélène se réuniront à l’Hôtel de la Préfecture pour aller prendre le Général de division à son hôtel, se joindre aux autorités militaires, et de là se rendre en cortège à la Cathédrale où un Te Deum sera chanté à 11 heures et demie précise. La magistrature se rendra séparément à la Cathédrale. De 2 à 7 heures, bal public dans la salle et au jardin de Plaisance. A 8 heures et demie dans le même local, bal public, entrée gratuite au café-concert. A la nuit, les édifices publics seront illuminés. Les habitants sont invités à illuminer et à pavoiser la façade de leurs maisons. A 8 heures et demie, un feu d’artifice sera tiré au Champ-de-Juillet. Des secours seront distribués aux familles indigentes par les soins du bureau de bienfaisance. » Limoges le 11 août 1864 Le Maire de Limoges : Othon Péconnet. Plan du quartier dit des Arènes en 1864. La zone incendiée est en grisé. La flèche rouge indique la maison Cancé, point de départ de l’incendie

Quelques points de repère :
La rue des Arènes en 1864, correspond sensiblement à la rue Othon Péconnet actuelle. Le faubourg des Arènes en 1864, correspond à la rue des Arènes actuelle. Le boulevard Ste Catherine = boulevard Gambetta. La rue des Fossés = rue Adrien Dubouché. La rue du Saint Esprit = rue Gondinet. Boulevard de la Poste aux Chevaux = boulevard Victor Hugo Marché Dupuytren = Halles Carnot actuelle. La rue Saut-de-Bœuf = subsiste toujours en partie. La rue du Petit Paris = un tronçon existe toujours de nos jours. (impasse entre les rues d’Aguesseau et Léonard Limosin) La rue du Cheval Blanc = on peut en distinguer l’amorce en face du 1 de la rue Gondinet.
COURRIER DU CENTRE du 16 août 1864
CHRONIQUE DU CENTRE
« Un épouvantable désastre, dont nous ne pouvons encore calculer les conséquences, dévaste la ville de Limoges au moment où nous écrivons ces lignes. L’incendie qui a commencé hier soir, rue des Arènes, chez monsieur Cancé, chapelier, à l’heure même où l’on tirait le feu d’artifice au Champ-de-Juillet, a dévoré tout le pâté de maisons compris entre la rue des Arènes, la place de la Motte, le boulevard Sainte-Catherine et la place d’Aine. On parle d’au moins 150 maisons brûlées et de pertes s’élevant tant en immeubles, mobiliers et marchandises, entre 4 à 5 millions. (1) Heureusement qu’un certain nombre de propriétaires et de locataires étaient assurés. Les pompiers de la ville (2) et les hommes d’équipe de la gare, la troupe, la population se sont réunis pour s’opposer aux progrès du feu, mais il était tellement violent et l’eau si peu abondante, que pendant toute la nuit, malgré les plus grands efforts, on n’a pu s ‘en rendre maître. Ce matin il a fallu faire la part de l’incendie et le circonscrire, en démolissant quelques-unes unes des maisons situées trop près du foyer. Sur le boulevard Sainte-Catherine, on n’a pu protéger les maisons du côté droit qu’en les arrosant sans relâche. On frémit en pensant au développement immense qu’aurait eu l’incendie si le vent eut soufflé avec autant de force qu’avant hier. On a demandé des secours à Périgueux et à Châteauroux, et aujourd’hui les pompiers de ces deux villes, outre les hommes d’équipe de la gare d’Orléans, travaillent à côté des nôtres avec une ardeur et une habilité vraiment admirables. Monsieur le Général de Division, monsieur le Préfet, monsieur le Maire, monsieur le Secrétaire général, le Procureur impérial, les officiers d’infanterie et de cavalerie sont restés toute la nuit, organisant de leur mieux, les secours. Vers 9 heures, Monseigneur l’Evêque, suivi de son clergé, a promené processionnellement la châsse de Saint Aurélien et le chef de Saint Martial autour du foyer de l’incendie.
P.S. : Trois heures du soir. Tout fait présumer qu’on est complètement maître du feu. Demain nous aurons malheureusement d’autres détails à donner. _______________
L’Empereur et l’Impératrice en apprenant le désastre de Limoges, viennent d’envoyer provisoirement à Monsieur le Préfet 15.000 francs pour les incendiés. _______________ Ouverture de la première liste de souscription en faveur des incendiés dans les bureaux du Courrier du Centre. TOTAL = 1120 francs. (3) _______________
COURRIER DU CENTRE du 17 août 1864
CHRONIQUE DU CENTRE
Monsieur le Comte de Reille, colonel d’état-major, et aide de camp de l’Empereur, est arrivé ce matin, apportant de nouveaux secours de la part de Sa Majesté. Nous croyons pouvoir dire que l’Empereur, en d’autres circonstances, n’eut confié à personne le soin de venir visiter et consoler les malheureuses victimes de ce désastre. Il fût venu en personne nous montrer toute la part qu’il prenait au grand malheur qui vient de nous frapper. La visite du Roi d’Espagne l’a arrêté malgré lui ; mais Limoges n’en sentira pas moins les effets de sa toute puissante bonté. On a vu hier que Leurs Majestés ont envoyé provisoirement 15.000 francs. Aujourd’hui, nous avons aperçu M. le Comte de Reille parcourant le théâtre du sinistre, interrogeant les uns et les autres, remplissant enfin de son mieux la haute et charitable mission que S.M. l’Empereur lui a confiée. Revenons maintenant sur cette funeste nuit du 15 au 16 août, et disons tout de suite, que malgré les dangers de toute nature qu’offrait un aussi vaste incendie, nous n’avons pas heureusement de morts à enregistrer. On parlait d’un pompier et d’un dragon ensevelis sous les décombres ; or ce matin, personne ne manquait à l’appel, ni parmi les pompiers, ni parmi les dragons. Il y eut sans doute quelques contusionnés dans le nombre de travailleurs, mais leurs blessures n’ont pas de gravité. Le feu, comme nous l’annoncions hier, a commencé rue des Arènes, chez monsieur Cancé, chapelier, et sur-le-champ, il fut facile de prévoir quelles terribles conséquences il aurait. La rue des Arènes est étroite, et les rues adjacentes, rues du Cheval-Blanc, du Bélier, du Chaperon, Haut-Lansecot, Sault-de-Bœuf, sont plus étroites encore. Le vent était tombé dans la journée, mais la sécheresse qui règne en ce moment-ci presque par toute la France était pour l’incendie un redoutable auxiliaire. L’eau manquait, et il fallut venir en chercher jusque dans la rue Turgot. C’est ainsi que la pompe située dans le local occupé par les bureaux et l’imprimerie du Courrier du Centre (4) à fourni dans la nuit du 15 et dans la journée plus de 50 tonneaux d’eau. (5) Les chaînes se formaient lentement, et cela nous l’affirmons, parce que toute la nuit nous avons été à même d’en juger. Ce n’est pas que les autorités que nous citions hier n’aient fait tout ce qu’elles aient pu pour les organiser, et sur ce point, M. Mathon, commissaire central, dont l’activité ne s’est pas démentie un seul instant, a obtenu de son personnel tout ce qu’il pouvait en obtenir. Ajoutons aussi tout de suite qu’outre les pompiers et la garnison, la population a fourni un grand nombre de travailleurs. Chose curieuse et digne de remarque parmi les travailleurs, des enfants de dix ans se faisaient remarquer par leur entrain et leur ardeur. Nous les avons vus, rue Turgot, amenant et remplissant sans relâche de lourds tonneaux d’eau qu’on les eut crû au premier abord, incapables de manœuvrer et de faire mouvoir.
(à suivre)
Notes et sources diverses :
Un ouvrier en chaussure en 1858 gagnait de 2 à 3,50 francs par jour.
En 1864, la compagnie des sapeurs-pompiers est composée de 80 hommes, dont 15 sont casernés dans les bâtiments de l’ancienne Monnaie, rue Pont-Hérisson ( rue Fitz-James/Théâtre).
Le commandant est M. Regnault.
Un immense mouvement de solidarité va voir le jour en France et même au-delà de nos frontières en faveur des incendiés. Nous aborderons ce sujet dans de prochains articles.
Angle rue des Balcons – Rue Turgot. Le journal l’Echo du Centre occupa après la guerre ces bâtiments ( ou leur emplacement, des transformations furent réalisées au début du 20ème siècle ) jusqu’à leur démolition en 1991.
En 1864, le matériel de la Compagnie se compose de 14 pompes dont six d’une grande puissance, 30 tonneaux, 900 seaux et divers accessoires.
- La collection du Courrier du Centre est en dépôt à la Bibliothèque Francophone multimédia. (BFM) - Almanach Limousin pour 1864. (collection privée)
- Série I 1 / 128 Archives Municipales.
- Jean Bourdelle, Limoges la mémoire ouvrière. Edit. Pierre Fanlac.
- BFM - cote MS 187, Guide du sapeur-pompier de la ville de Limoges par l’adjudant-chef Auguste Debord (1874) (à suivre)
Date de création : 01/05/2007 - 15:11
Dernière modification : 18/09/2007 - 19:22
Catégorie : Articles
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