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Le grand incendie du 15 août 1864 au travers de la presse de l’époque


(suite 1)

COURRIER DU CENTRE du 17 août 1864


« L’incendie avait atteint son plus grand développement dans la nuit du 15, entre 2 à 3 heures du matin. D’une part il dévorait la maison de monsieur Gandois (1) et descendait sur le boulevard Sainte-Catherine ; de l’autre, il atteignait la maison de monsieur Demartial au coin de la rue Monte-à-Regret. Ce fut le plus grand moment du danger. Si les maisons situées du côté droit du boulevard Sainte-Catherine, en face même des maisons incendiées, eussent pris feu, la rue du faubourg des Arènes et tout le boulevard lui-même pouvaient être dévastés de fond en comble. Si d’autre part, le feu eut saisi la rue Monte-à-Regret, il arrivait jusqu’aux bureaux de la Préfecture (2), descendait la rue Croix-Neuve (3), et qui sait alors où l’on eut pu l’arrêter ?

Ces deux dangers furent heureusement conjurés. Sur le boulevard Sainte-Catherine, monsieur Fayette père (4) fit arroser sans relâche les maisons placées en face de l’incendie, et nous ne saurions trop le remercier d’avoir veillé toute la nuit à ce que l’eau n’y manqua pas. Sans cette précaution, le feu gagnait tout le boulevard Sainte-Catherine et la rue faubourg des Arènes elle-même. Dans la rue Monte-à-Regret, on cerna la maison, habitée par M. de Voyon et M Demartial, et enfin le 16, dans l’après-midi, on était maître du feu.

La place d’Aine offre un lamentable aspect. Elle est en encombrée de meubles et d’ustensiles de toute nature. On dirait une ville bombardée et prise d’assaut. La rue des Arènes a complètement disparu, et c’est en vain qu’on chercherait aujourd’hui sur la place des Fossés le magnifique magasin de porcelaines de monsieur Ménissier (5) et celui de monsieur Larue-Dubarry, pharmacien. Plus de traces non plus des magasins de MM. Dutreix, Genty, Aguiré, Tharaud et Beaubrun. Notre liste serait trop longue si nous voulions citer toutes les victimes du désastre.

Le chiffre de 150 maisons que nous avons donné hier doit être réduit, d’après des données certaines à 108. On peut calculer sur 2000 personnes atteintes par le fléau, et sur 3 millions environ de pertes.

Que de désastres et de malheur ! que de gens ruinés, qui n’espèrent plus aujourd’hui que dans la charité publique ! Dieu merci, elle ne leur fera pas défaut. Les souscriptions abondent aux bureaux du Courrier du Centre, et, si les journaux de paris, comme nous y comptons, veulent y prendre part, nous ne doutons pas que les sommes versées n’atteignent un chiffre considérable.

Les distributions d’argent ont commencé hier à la Mairie, et nous sommes persuadés que l’autorité municipale, aussi bien que l’autorité supérieure, fera tous ses efforts pour soulager tant d’infortunes.

Remercions encore une fois, nos braves pompiers qui ont travaillé pendant vingt quatre heures sans lâcher pied, et surveillent encore aujourd’hui les restes de l’incendie.

Nous sommes sûrs enfin d’être les interprètes de toute la population, en disant aux pompiers de Périgueux, de Châteauroux et d’Argenton, qui ont accouru au premier signal, que leur activité, leur courage et leur adresse ont été au-dessus de tout éloge.

Arrivée, place des Fossés, des pompiers de Périgueux
Arrivée, place d'Aine, des pompiers de Châteuroux
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L’immense malheur dont la ville de Limoges a été frappé, nous a empêché hier de parler de la célébration de la fête de l’Empereur, qui s’est d’ailleurs passé selon l’usage. La revue des troupes de la garnison par M. le Général de division a eu lieu le matin au Champ-de-Juillet, au milieu d’un véritable nuage de poussière que soulevait un vent violent, et aux cris de Vive l’Empereur ! Le Te Deum a réuni à 11 et demi les autorités de la Cathédrale, où Mgr l’Evêque a officié. Dans la journée, un bal public des plus animés a eu lieu à Plaisance ; puis le café-concert et le feu d’artifice avaient attiré, le soir, au Champ-de-Juillet, un immense concours de population qui allait se répandre dans les rues pour jouir du spectacle de l’illumination, lorsque la nouvelle du commencement du désastre qui a atteint de si grandes proportions, vint donner à la fête une si triste issue.

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Deuxième liste de souscription : TOTAL = 6849 francs

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Lettre de monsieur Larue-Dubarry , pharmacien.


Monsieur le Rédacteur,


Permettrez-moi d’emprunter la voie de votre journal pour exprimer ma reconnaissance aux personnes qui sont venues me porter secours.

Deux militaires dont je regrette de ne pouvoir signaler les noms, ont mis beaucoup de courage et d’activité : d’abord à mouiller les pans de ma maison, puis, quand le danger est devenu plus pressant, à déménager marchandises et meubles, tout ce que le feu qui faisait des ravages au-dessus et en face de nous, nous a permis d’enlever.

Un grand nombre d’amis et de confrères ont travaillé avec une ardeur extraordinaire ; tous m’ont témoigné une sympathie vive et active. Merci à tous ! (6)


COURRIER DU CENTRE du 18 août 1864


Monsieur le Comte Reille , aide de camp de l’Empereur, est reparti hier soir pour Paris. Les autorités civiles et militaires ont escorté jusqu’à la gare le représentant de l’Empereur.

Dans la journée, M. le Comte Reille, assisté de M. le Préfet, de M. le Maire et des adjoints, a fait à la Mairie une distribution d’argent. Vingt mille francs ont été donné sur-le-champ. Nous lisons en outre dans le Moniteur, que S.M. l’Impératrice et S.A. le Prince Impérial ont envoyé chacun une somme de 10.000 francs. Aussi quand M. le Comte Reille est sorti de la mairie, la foule considérable qui encombrait la place a crié : Vive l’Empereur ! à plusieurs reprises. De plus, nous avons entendu un grand nombre de malheureux frappés par le désastre exprimer par de vives et chaleureuses paroles, leur reconnaissance pour le souverain et pour les autorités du département et de la ville. Il est fâcheux que quelques commerçants n’aient pas osé prendre leur part des secours apportés par l’aide de camp de l’Empereur.

A l’heure qu’il est, sauf un petit nombre d’exceptions, tous les incendiés sont aussi pauvres les uns que les autres, et si, mettant de côté une fausse honte, tels et tels se fussent présentés hier à la mairie, ont eu certainement accueilli leurs demandes avec tous les égards qu’elles méritaient.

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Nous recevons à chaque instant des renseignements nouveaux qui nous permettent de compléter ceux que nous avons déjà donné et réparer des oublis.

C’est ainsi, qu ‘aujourd’hui, notre devoir est de mentionner en première ligne le clergé de Saint-Michel, ou plutôt le clergé de toute la ville. Prêtres, chanoines, oblats, frères des écoles chrétiennes, ils ont été là toute la nuit, faisant la chaîne, transportant et emplissant les tonneaux, suivant enfin l’exemple que leur donnait leur véritable pasteur Mgr Fruchaud, qui est resté sur le théâtre de l’incendie jusqu’au moment où l’on eût la certitude d’être maître du feu. A côté de Mgr l’Evêque, on a remarqué M. le curé Pinaut, M. l’abbé Blondet, M. le curé Delor, M. l’abbé Maublanc, M. l’abbé Grange ; mais nous le répétons, nous ne pouvons les nommer tous, et nous ne le pouvons, faute d’espace. Disons encore, que les frères des Ecoles Chrétiennes ont été de l’avis commun d’une activité et d’une ardeur admirables.

Mentionnons de même, sans plus tarder, le chef de notre corps de pompiers, monsier Regnault. C’est lui qui, en faisant cerner la maison de monsieur De Voyon, a empêché l’incendie de s’étendre dans la rue Monte-à-Regret. ( 7 )

C’est lui-même qui, sur le toit de la maison, a placé les pompiers qu’il soutenait et encourageait de son exemple . Il a sauvé par conséquent, la Préfecture, le Musée, l’église Saint-Michel, la rue des Fossés, la Rue Croix-Neuve, comme sur la place d’Aine les pompiers empêchaient le feu de gagner la rue des Balcons. Il nous faut noter encore ces 150 ouvriers de Solignac qui sont arrivés, dès qu’ils ont connu le désastre, et ont travaillé sans relâche à côté des nôtres.

Les pompiers venus de Saint-Marcel ( Indre ), arrivés avec ceux d’Argenton, ont prêté le concours le plus actif et le plus dévoué. Ils ont eu un homme blessé, mais dont l’état, qui semblait d’abord grave, s’est rapidement amélioré. Notre population n’oubliera pas le service signalé qu’ils nous ont rendu. Citons particulièrement, parmi nos pompiers, le lieutenant Berthout, qui a arrêté le feu sur la place de la Motte.

Un fait que nous tenons de bonne source peut nous faire connaître la puissance du feu. Des débris enflammés soulevés par le vent vers deux heures du matin, sont venus tomber aux Courrières, dans la propriété de monsieur Thibaut, et, chose étonnante encore, à Saint-Priest-sous-Aixe, c’est à dire à cinq lieues du foyer de l’incendie. ( 8 )


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Nous sommes en mesure de donner aujourd’hui le chiffre exact des maisons brûlées. Le voici rue par rue :

Rue des Arènes 30 maisons.

Rue des Arènes et place de la Motte 9 maisons.

Rue Neuve-du-Cheval-Blanc 6 maisons.

Rue du Cheval-Blanc 17 maisons.

Petite rue du Cheval-Blanc 5 maisons

Rue du Chaperon 3 maisons.

Rue Lansecot et place de la Motte 10 maisons.

Rue Saut-de-Bœuf 4 maisons.

Rue du Bélier 6 maisons.

Boulevard Sainte-Catherine 8 maisons.

Rue Monte-à-Regret 3 maisons


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Pendant l’incendie, un grand nombre d’habitants demandaient avec insistance qu’on fit la part du feu. Aujourd’hui encore, bien des critiques sont formulées par des hommes qui sont d’autant moins gênés dans leurs appréciations, qu’ils savent moins les choses dont ils parlent. Les uns regrettent qu’on n’ait pas fait sauter des maisons avec des barils de poudre ; les autres, et ceux là seulement peuvent avoir une apparence de raison, blâmant la compagnie des pompiers de n’avoir pas coupé des maisons pour isoler le feu.

Il importe de bien expliquer que les maisons à pans de bois ne peuvent être démolies que pièce à pièce, ce qui nécessite un long travail. Les principaux entrepreneurs et charpentiers de la ville de Limoges, appelés plusieurs fois dans la nuit, ont tous proclamé l’impossibilité d’agir utilement. La preuve, en a du reste été donné par ce qui s’est passé à la maison Gérald, au carrefour Lansecot. Malgré son état de vétusté et ses petites dimensions, elle est encore en partie debout. Et cependant plus de cinquante ouvriers travaillaient sans relâche pour la démolir.

Le moindre effet de ces critiques est de jeter la confusion dans la direction de l’incendie. C’est ainsi que, cédant à la même idée, des hommes avaient été placés sur un bâtiment situé au coin de la rue Monte-à-Regret, et commençaient à enlever la toiture, lorsqu’ils ont dû redescendre devant des ordres supérieurs. Ils découvraient ainsi un magasin qui renferme une quantité énorme de charbon. On peut juger par-là de la sagesse de leur opération.

Le feu ne pouvait être arrêté qu’où se trouvait un vide naturel ou une muraille. La maison De Voyon, où nos pompiers ont déployé le plus rare courage, a été un obstacle à la communication de l’incendie, parce qu’elle était construite en pierre jusqu’au premier étage. Dans la rue Lansecot, un emplacement non bâti a marqué le terme du feu. Il a été maîtrisé à la maison Demartial, et derrière elle, parce qu’il se trouvait là des cours et un petit jardin. Enfin, il n’eut pas franchi le boulevard. ( 9 )

Les vraies raisons du rapide développement du feu se trouvent dans l’éloignement de la population qui se trouvait toute entière au Champ-de-Juillet ( 10 ), et surtout dans les matériaux employés pour la construction des maisons déjà fort anciennes. Les pans de bois, après les grandes sécheresses surtout, semblent invités pour assurer les ravages du feu. Joignons à cela le peu de largeur des rues et la persistance du vent, et nous nous expliquerons comment l’épouvantable désastre que nous déplorons a pu se produire. Nous recevons à chaque instant de nouveaux détails, et nous remercions ceux qui nous les envoient. Nous ne pouvions être partout et voir tout. C’est ainsi que parmi les personnes qui ont déployé pendant l’incendie une énergique activité, il convient de citer monsieur Lachenaud, entrepreneur. Non seulement, il s’est prodigué pendant le sinistre, mais le 16 au soir, il est venu se mettre avec 100 ouvriers dévoués comme lui, à la disposition de monsieur le Maire. Ils ont passé la nuit dans la salle des assises du Palais de Justice, prêts à se porter sur les lieux, où la flamme pourrait de nouveau devenir menaçante. Nous prenons plaisir à rendre à monsieur Lachenaud et à ses ouvriers le témoignage qui leur est dû.

On nous signale encore : monsieur Besse, agent général de la Cie d’Assurances Générales. Il a installé rue Monte-à-Regret les pompiers de Périgueux et leur intrépide chef monsieur Lagrange, qui ont combattu si efficacement les progrès de l’incendie. Monsieur l’abbé leclerc, vicaire à Saint-Pierre, qui n’a pas quitté la chaîne et la pompe qu’au moment où Monseigneur appela son clergé à Saint-Michel pour l’accompagner dans la procession des saintes reliques. Réparons encore un oubli que nous avons commis au sujet des militaires de la gendarmerie, si modestes et si dévoués, et dont le zèle ne fait jamais défaut. Les premiers au feu, ils ont fait leur devoir et veillent encore jour et nuit, avec les soldats de la garnison, sur les lieux du sinistre.

Nous avons déjà dit que le manque d’eau avait empêché d’attaquer l’incendie avec autant d’énergie qu’on l’eût voulu. On est allé chercher de l’eau jusque dans le faubourg Boucherie ( 11 ). Mais on comprend que, malgré toute la bonne volonté des travailleurs, les tonneaux arrivaient lentement sur le lieu du sinistre. C’est alors que monsieur Othon Péconnet et monsieur Taillandier, procureur impérial, eurent l’excellente idée de mettre en réquisition tous les camionneurs de la ville, et de les envoyer puiser l’eau à la Vienne. Ils se rendirent eux-mêmes chez Messieurs Busat, Malbey, Henri Michel, Raynaud, Compain, Vitet et parvinrent ainsi à faire amener sur le théâtre de l’incendie des quantités d’eau considérables. ( 12 )

On a commencé le déblayement avec l’aide des artilleurs venus de Bourges. Les décombres sont transportés au Pont-Neuf. On a trouvé quelques lingots d’or et d’argent.

(à suivre)

NOTES :


( 1 ) Dans le haut du boulevard Sainte-Catherine ( a peu près au niveau de la rue Daguesseau actuelle. )


( 2 ) La Préfecture était située Place du Présidial ( école du Présidial actuelle ), ainsi que le Musée Municipal qui était dans les locaux de la Faculté de droit.


( 3 ) La rue Croix-Neuve, correspondait à la partie de la rue Adrien Dubouché actuelle, comprise entre la rue Monte-à-Regret et la rue Turgot.


( 4 ) Ancien commandant de la compagnie en 1845.


( 5 ) Lors des fouilles place de la Motte, en 1995, furent retrouvées de nombreuses porcelaines et fragments provenant certainement de la maison Ménissier.


( 6 ) Dès cette date le mouvement de solidarité en faveur des incendiés va connaître une ampleur nationale et même atteindre certains pays étrangers. De nombreux journaux parisiens, tels la Patrie, la Nation, le Siècle, le Temps, le Moniteur, etc., ouvriront des listes de souscription.

Ce mouvement fort important, voir capital, sera traité ultérieurement en profondeur. Dans l’immédiat nous avons donc pris la liberté d’occulter les diverses listes de souscription à la lecture rébarbative ( particulièrement les numéros couvrant la période du 27 août au 16 septembre ) . Cependant, nous en présenterons quelques-unes pour l’exemple.


( 7 ) La maison De Voyon, bâtie en partie en granit vers 1564 dans le style néo-grec de la Renaissance, était située à l’entrée de la rue des Fossés, côté gauche.

Bien que peu endommagée par l’incendie, elle sera démolie, afin de permettre le percement de la rue Darnet.


( 8 ) Environ 20 kilomètres.


( 9) Ce coupe-feu providentiel était le résultat d’un incendie survenu le 6 mai 1861.

( 10 ) En contre-partie, aucune victime ne fut à déplorer.


( 11 ) Place Wilson.


( 12 ) ( Source décisions du Conseil municipal ) Trente-six voitures et soixante-cinq chevaux furent réquisitionnés. Mrs Busat et Malbey ( orthographié Duzat et Mallebay, dans le compte rendu du CM ) étaient domiciliés allée des Bénédictins et donnèrent à eux deux, 24 chevaux et 12 voitures.

Monsieur Allipha, rue Sainte-Valérie ( général Cérez ), propriétaire des Bains du Commerce, mit l’eau de sa pompe à la disposition des secours.


Date de création : 02/05/2007 - 18:24
Dernière modification : 18/09/2007 - 19:22
Catégorie : Articles


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